Nos assiettes en 2050

Bonne nouvelle : ils avaient tout faux, ces auteurs de science-fiction du siècle précédent qui nous annonçaient, pour le futur, des repas composés de pilules et autres bouillies nutritives. Ouf, Matrix s’est bien trompé : le plaisir gustatif fera encore partie de nos vies en 2050. L’INSERM prédit plus de végétal, de bio, de durable. Auquel on ajoutera des insectes et des algues… À peu de choses près, cela ne vous rappelle rien ?

Que mangerons-nous en 2050 ?

Ainsi le « prédit » en tout cas l’INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale) qui, cet été, a fait paraître une étude intitulée : « Alimentation : Que mangerons-nous en 2050 ? » Étude qui, si elle s’avère fort intéressante, ne peut que laisser un goût amer à ceux qui, déjà, pratiquent une grande partie des bons conseils énoncés, au risque, parfois, de se sentir ostracisés. Car enfin, ces préceptes emplis de bon sens ressemblent, à peu de choses près, à ceux prônés par les adeptes de la règle des 3 V : vivant, végétal, varié.

Trente ans, est-ce donc le temps qu’il faudra pour que l’information – simple a priori – parvienne au cerveau du plus grand nombre ? Faut-il encore trois décennies pour éradiquer la pandémie de cancers, obésité et autres maladies cardio-vasculaires dont on sait aujourd’hui qu’elle est intimement liée à ce que nous ingérons ?

Vers la cinquième transition alimentaire

L’INSERM explique donc que nous nous dirigeons actuellement vers la « cinquième transition alimentaire. » La première – intelligence suprême – a permis de maîtriser le feu ; la seconde a vu se développer l’agriculture et l’élevage ; la troisième, 3500 ans avant notre ère, a posé la division du travail entre agriculteurs, artisans et commerçants ; la quatrième, au XXe siècle, a bâti le socle de la transformation industrielle qui aboutit au système actuel avec la dangerosité que l’on connait… pour notre santé autant que pour la planète.

« Chaque année », nous apprend l’institution, « un décès sur cinq dans le monde est lié à une mauvaise alimentation : 2 milliards de personnes surconsomment des aliments riches en sucre et en graisse et 2 milliards sont sous-alimentées. » De plus, l’impact de l’alimentation sur l’environnement est de plus en plus problématique et n’ira évidemment pas en s’arrangeant, car la planète devrait être peuplée, d’ici 30 ans, par 10 milliards d’êtres humains, environ deux milliards de plus qu’aujourd’hui.

Le consensus actuel est donc de se diriger vers « une alimentation durable » : respectueuse de notre santé et de l’environnement. Il s’agit de manger plus de fruits, de légumes (de saison, bio et locaux bien sûr) plus de légumineuses, de graines, de noix, plus d’aliments riches en pré ou probiotiques aussi… Disparition donc du gras, du sucré, du salé, de l’ultra-transformé… Que d’évidences ainsi affirmées.  L’INSERM concède néanmoins une tolérance sur la viande, une fois par semaine par exemple. Un régime flexitarien, en somme, qui n’exclut pas le lait, les œufs, le gluten. On ne peut pas tout enlever d’un coup. Peut-être faudra-t-il 30 ans supplémentaires pour prouver que le lait n’est pas une nécessité pour l’être humain ?

Des insectes et des algues

Pour l’heure, l’INSERM donne néanmoins quelques pistes sur les nouveautés qui nous attendent, ainsi nommées les novel foods, ces aliments que l’on ne consomme pas habituellement en Europe, mais dont d’autres peuples sur la planète sont friands : les insectes, dont l’élevage est si peu polluant, et les microalgues dont la culture ne nécessite pas d’empiéter sur les terres agricoles, et qui contribue même à lutter contre le réchauffement climatique. Tous deux, très riches en protéines, pourraient se généraliser d’ici 2050. Plus sans doute que la troisième novel food annoncée : la viande cultivée en laboratoire et actuellement expérimentée…

L’INSERM a bien conscience qu’augmenter la part de nourriture végétale représente un enjeu de taille, « un défi immense » mais pas impossible. Selon les études sur lequel il s’appuie, limiter l’usage des pesticides ou faire du tout bio (moins productif) pour nourrir 10 milliards d’êtres humains revient à augmenter les surfaces agricoles dans le monde, donc la déforestation. Cela reste néanmoins possible, ajoute-t-il, à condition de réduire la production de produits carnés qui nécessitent trop de terrains de culture destinés à leur alimentation (CQFD) et à condition également de réduire le gaspillage alimentaire : aujourd’hui en effet, 30 % de l’alimentation produite part à la poubelle ! Énorme !

Combien faudra-t-il encore d’études et de recherches aux coûts exorbitants, d’années de junk food transmise à nos enfants, de malades, etc. pour faire admettre l’évidence ? « Quand quelqu’un désire la santé, il faut d’abord lui demander s’il est prêt à supprimer les causes de sa maladie. Alors seulement est-il possible de l’aider ».  Ainsi le disait Hippocrate, 400 ans avant J-C. Il ne savait pas que cette citation, en ce XXIe siècle, s’appliquerait aussi à notre belle Terre.

Blandine BERTRAND

2020-09-13T20:56:33+02:00septembre 13th, 2020|0 commentaire

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