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Liberté de la presse : la Suisse

Publié le : 6 septembre 2021Par

L’État suisse veut aider les médias… au risque d’en faire des médias d’État. Les opposants dénoncent une dérive antidémocratique.

En juin, le Parlement fédéral suisse a adopté un « train de mesures en faveur des médias » prévoyant des aides publiques pour près de 200 millions de francs (185 millions d’euros) par année. La loi crée notamment un fond pour les médias online, et fait plus que doubler, de 50 à 120 millions de francs, le montant des soutiens financiers déjà existants, via des frais de port réduits, pour la distribution des journaux et magazines papier.

1,7 milliard de francs par an

Si on y ajoute le taux de TVA réduit dont bénéficient l’ensemble des médias et l’aide aux radios et télévisions locales, les médias privés coûtent environ 400 millions de francs par an aux contribuables suisses. Avec l’impôt spécial (et de plus en plus contesté) qui finance très généreusement le mammouth qu’est la Radiotélévision Suisse (RTS), le montant total explose carrément à 1,7 milliard par an. Tout cela au nom du maintien de la sacro-sainte diversité et de la pluralité des sources d’information. Mais cette pluralité, cette diversité existent-t-elles encore réellement ? Les sondages semblent indiquer que pour une partie toujours plus importante de la population suisse, et particulièrement depuis mars 2020, poser la question, c’est déjà y répondre.

À peine adoptée, la nouvelle loi en faveur des médias a d’ailleurs été contestée par un groupe de parlementaires de droite, qui y voient une menace pour la démocratie et la liberté de la presse, et un referendum « Non au médias contrôlés » a été lancé. Le comité référendaire a jusqu’au 7 octobre pour récolter 50’000 signatures, afin que la loi soit soumise à une votation populaire.

Des aides, oui… mais sous conditions

Pour le journaliste et conseiller en communication suisse-alémanique Philip Gut, qui dirige ce comité, « c’est très simple : si l’État finance les médias, il les contrôle. Ne mords pas la main qui te nourrit, dit le proverbe… Un journaliste crédible doit être indépendant, aussi et surtout vis-à-vis de l’État. Les aides sont soumises à des conditions, et signifient la fin des médias libres et indépendants en Suisse. »

Le nouveau texte de loi prévoit en effet que les financements ne peuvent être accordés que pour autant que le média « s’engage à respecter les règles (…) reconnues dans la branche », comme « ne pas porter préjudice à l’épanouissement physique, psychique, moral ou social des mineurs ». Dans les faits, les fonctionnaires de la Commission fédérale des médias sont bel et bien habilités à accorder des certificats de bonnes pratiques à certains médias jugés « conformes » et à refuser le « label de qualité » (et les subventions) à d’autres. Selon des critères que l’État pourrait bien sûr redéfinir à l’avenir.

Quand l’État finance les groupes de presse

En outre, on peut légitimement se demander si les grands éditeurs suisses, qui réalisent de juteux profits grâce entre autres à leurs plateformes de vente et de petites annonces en ligne, ont réellement besoin de ces millions d’aides publiques. TX Group (ex-Tamedia), par exemple, coté en bourse, a distribué ces dix dernières années plus de 500 millions de francs à ses actionnaires et à ses cadres supérieurs, mais refuse obstinément de réinjecter ses bénéfices dans ses journaux, en faveur d’un réel journalisme de qualité.

« Avec cette loi, l’État suisse cimente ces monopoles médiatiques existants, au détriment des petites offres privées et des initiatives régionales », soutient Peter Weigelt, éditeur indépendant et membre du comité référendaire. « Subventionner les médias est contraire aux principes d’un État libéral. La démocratie se construit sur la libre expression des opinions. Pour cela, elle a besoin de médias indépendants en termes de contenu aussi bien que de financement. L’Histoire montre que plus l’État contrôle et finance les médias, plus les libertés reculent. »

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À propos de l’auteur

Né dans les froides montagnes du Jura neuchâtelois, Lars a toujours eu la bougeotte et une attirance irrépressible pour les chaleurs tropicales autant que pour les noirceurs romantiques adolescentes, dont il a rendu compte dans le livre *Gothic Romandie : la décennie noire* (2017). Journaliste, secrétaire de rédaction, puis rédacteur en chef de son propre magazine, il avait choisi de tout plaquer pour les Philippines, mais arraché à son île par l’ouragan covid, il a rejoint la fine équipe du Chou Brave et s’oriente désormais vers la formation d’adultes.

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