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Médias de masse et discernement

La crise que nous traversons actuellement, en plus de tous les dysfonctionnements sociétaux qu’elle révèle, contribue à entretenir une fracture supplémentaire : celle de la division entre les tenants d’une information institutionnelle, baptisée « mainstream » et les autres, « les alternatifs », dont le discours inspire souvent méfiance ou railleries. Et si tout cela n’était qu’une question de discernement ?

De l’utilisation des bons mots

Qu’est-ce que l’info mainstream ? Ce terme est apparu après les attentats du 11 septembre et les « infox » tentant de justifier la guerre en Irak. Il qualifie les médias de masse, les plus nombreux, qui s’abreuvent aux sources traditionnelles : celles du pouvoir en place et des lobbys qu’il protège. Cette info est souvent riche de ce qu’en langage journalistique on appelle « des bons mots ».

Prenons l’exemple d’une phrase récemment prononcée par notre président pour appuyer la nécessité de la 5G : « Je ne crois pas au modèle Amish ». La boutade, pour un peu qu’elle fût drôle, a largement été relayée dans les médias, puis au café du coin, devenant « Mais enfin, on ne va pas s’éclairer à la lampe à huile ? » C’est ainsi que « le bon mot » est devenu, dans l’inconscient collectif, un raccourci associant le rejet de la 5G au rejet de tout confort moderne… Un raccourci fallacieux, facile et méprisant qui, s’il donne l’illusion à celui qui le prononce de briller un court instant devant son auditoire, empêche le vrai débat, à savoir : la 5G est-elle vraiment indispensable et exempte de nuisances ?  La stratégie est énorme : elle s’appelle en langage populaire « noyer le poisson ».

Nous sommes ce que nous lisons

Robert Fisk, grand reporter britannique récemment décédé, affirmait il y a plusieurs années dans l’un de ses discours : « Il n’y a pas de lutte entre le pouvoir et les médias. Par le langage, nous (ndlr : journalistes) sommes devenus eux. » … Et nous-mêmes, lecteurs d’aujourd’hui, qu’on se le dise, sommes devenus les médias que nous lisons !

Même pas besoin, comme le dénoncent certains conspirationnistes, de chercher des messages subliminaux. Ils sont là les messages, très clairement revendiqués… juste au moyen de la sémantique utilisée en politique et relayée par manque de connaissance de l’histoire, manque de recul sur le présent, et lâcheté (peur ?) à appréhender le futur.

Bien-pensant ou diabolisant ?

Alors que peut faire le lecteur, le téléspectateur, l’auditeur pour échapper à cette intrusion dans son mental, à tous ces leviers d’influence et de manipulation ? Une seule chose à vrai dire : travailler à développer son discernement. Sortir de ce système binaire, pour ne pas dire machiavélique, qui en opposant le bien et le mal, le bien-pensant versus le diabolisant agitateur, ne fait qu’augmenter la fracture, tout en bloquant le débat.

Travailler à développer son discernement implique d’abord de revoir ses croyances, dont celle qu’un journaliste détient forcément la vérité. Prenons un autre exemple qui en dit long sur notre aveuglement : en pleine pandémie, quatre auteurs suisses du genre facétieux ont écrit un article tendant à prouver que la prise d’hydroxychloroquine et d’azithromycine permettait d’éviter… les accidents de trottinettes. Cette étude délirante, agrémentée de références inexistantes, est bel et bien parue le 15 août 2020 dans le journal qui se revendique comme scientifique Asian Journal of Medicine and Health.

Le poids des mots

« Le poids des mots » disait Paris-Match. Aujourd’hui, ceux utilisés pour brouiller notre esprit sont nombreux. C’est ballot, n’est-ce pas ? En fait, tout est une question de psychologie. De dissonance cognitive, pour reprendre un mot à la mode. Une dissonance cognitive est cette espèce de mal-être que l’on ressent en présence de deux éléments contradictoires. Elle engendre, entre autres, deux réactions : la première, la plus facile consiste à adhérer malgré tout et sans retenue à l’information dominante forcément vraie puisque « c’est la télé qui l’a dit » (ce qui donne lieu quand la vérité finit par éclater à des « Je m’en doutais ! » Rappelons-nous le coup des masques inutiles d’abord puis obligatoires ensuite) ; la seconde attitude implique un investissement personnel de lectures, recherches et investigations pour se forger sa propre opinion… quitte à passer pour « déviant » aux yeux d’un entourage élevé dans la pensée mainstream.  Rappelons que c’est ainsi que sont nées, à la fin des années 70, les radios libres dites « radios pirates » qui, à force d’obstination malgré les saisies et les brouillages de leurs ondes, ont fini par mettre fin au monopole d’État de la radiodiffusion.

Un immense champ d’informations

La bonne nouvelle, c’est que jamais période n’a été aussi propice à travailler son discernement ! Le champ de l’information est immense : du courant dominant à l’alternatif, du bien-pensant, du très dérangeant aussi comme ces images parues récemment sur la page Facebook de Mr Mondialisation, montrant du petit gibier encore emplumé, empaqueté dans des barquettes au rayon frais d’un E. Leclerc. Les photos étaient si insoutenables que de nombreux lecteurs ont cru à une « fake news » … De telles images n’auraient jamais pu apparaître dans un média traditionnel qui vend ses espaces publicitaires à ces grandes enseignes…

Aujourd’hui, les magazines, papier ou numériques, qui se présentent comme « libres » sont de plus en plus nombreux. À commencer par Le Chou Brave qui, en revendiquant l’absence de publicité dans ses pages et de subventions pour son fonctionnement, revendique avant tout sa liberté de penser, son indépendance éditoriale, loin des pressions du pouvoir ou d’un annonceur. Un engagement sincère et citoyen pour tenter de faire évoluer notre société.

Donc, si cet article, sciemment présenté sans sources de références, vous pose question, tant mieux ! « Le doute est le commencement de la sagesse », disait Aristote. Se poser des questions et tenter d’y répondre amène en effet à l’ouverture d’esprit qui elle-même amène à la tolérance. Deux vertus indispensables en ces temps agités.

Blandine BERTRAND
Journaliste indépendante pour Le Chou Brave

2020-11-19T14:47:52+01:00novembre 8th, 2020|1 Comment

Un commentaire

  1. Monique Laroche 1 décembre 2020 à 15 h 51 min- Répondre

    J’ai beaucoup aimé les article de votre premier et deuxième envoi. Merci

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