La viande en net recul dans nos assiettes

La nouvelle mérite d’être saluée. Il n’en demeure pas moins que les prises de conscience environnementales, éthiques ou de santé sont encore longues à s’ancrer.

Les chiffres de l’ONU

Les chiffres de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) viennent de tomber. La bonne nouvelle, c’est que la consommation de viande dans le monde est en net repli : moins 3 % par rapport à 2019, où déjà s’amorçait un recul. Soit deux années consécutives où le régime carné perd des points ! Du jamais vu depuis que la FAO liste ces données.

Que les défenseurs de l’environnement et de la cause animale ne crient pas victoire trop vite pour autant, car, selon l’institution, cette baisse en 2020 (année qui n’est encore pas terminée d’ailleurs) trouve une partie de son explication dans la pandémie qui a frappé le monde : nombre d’abattoirs, de restaurants et de cantines ont dû fermer leurs portes tandis que la crise économique qui en découlait obligeait de nombreux consommateurs à restreindre leur budget alimentation. L’explication ne tenant pas pour 2019, on peut néanmoins imaginer qu’une petite mais réelle ouverture des consciences est en train de s’opérer, qu’elle vienne de préoccupations écologiques, de santé ou d’éthique. Peu importe après tout… Ce qui interpelle en revanche, ce sont les chiffres hallucinants présentés par la FAO à propos de la production globale de viande dans le monde :  333 millions de tonnes en 2020, soit 1,9  % de moins qu’en 2019 ( 339 millions de tonnes). Le record avait été atteint en 2018 avec  342 millions de tonnes. La FAO estime qu’en un demi-siècle, la production globale de viande a triplé. On se prendrait presque à regretter les années 80 où elle oscillait vers  100 millions de tonnes, voire le début du millénaire avec  200 millions… Si on ne tenait pas compte de la démographie galopante (4,4 milliards d’habitants en 1980 ; 6,1 en 2000 ; 7,7 milliards aujourd’hui).

18-24 ans : l’âge des carnivores

Le recul de ces deux dernières années ne peut donc qu’être salué, à défaut d’applaudi car il reste lent, trop lent par rapport aux enjeux environnementaux. Les études menées sur le sujet montrent que l’élevage représente la première source d’émission de gaz à effet de serre d’origine humaine, devant les transports.  Greenpeace Suisse estime même que pour être significatives, les baisses de la consommation de viande et de produits laitiers devraient diminuer de moitié d’ici 2050. On en est loin. Car même si la consommation de bœuf  – viande la plus polluante – recule, celle de la volaille, elle, ne cesse de croître dans le monde.

En France

Qu’en est-il en France ? La baisse de la consommation de viande semble confirmée à hauteur de – 12 % en dix ans selon le CREDOC (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie). Les Français seraient passés de trois repas carnés hebdomadaires en 2007 à deux par semaine en 2016. Ces repas de chair et de sang ont longtemps symbolisé l’opulence et la richesse des classes les plus aisées ; ce sont pourtant elles qui aujourd’hui paraissent les plus enclines à réduire leur consommation. C’est un fait également reconnu que plus l’on vieillit, moins on mange de viande. Que dire des jeunes, donc ? Ils restent les plus gros consommateurs, surtout entre 18 et 24 ans. En cause : les pizzas, burgers, sandwichs et autres charcuteries bien pratiques quand on ne cuisine pas.

À quand une vraie éducation – aux multiples enjeux – sur le sujet ?

Blandine BERTRAND

2020-08-23T16:07:32+02:00août 22nd, 2020|3 Commentaires

3 Comments

  1. Josselin Henry 26 août 2020 à 12 h 39 min- Répondre

    « C’est un fait également reconnu que plus l’on vieillit, moins on mange de viande. Que dire des jeunes, donc ? Ils restent les plus gros consommateurs, surtout entre 18 et 24 ans. En cause : les pizzas, burgers, sandwichs et autres charcuteries bien pratiques quand on ne cuisine pas. »

    Est-ce révélé dans l’étude ? Ou n’est-ce qu’une supposition de l’auteur de l’article ?
    Ça me suprend énormément, les jeunes notamment de par leur conscience de la crise climatique ont bien plus tendance à consommer peu ou pas du tout de produits animaux! Alors que les personnes plus âgées ont plus de peine à changer leurs habitudes. 🧐 Merci de me donner un retour sur ce point

    • Blandine 21 septembre 2020 à 21 h 53 min- Répondre

      Bonjour Josselin Henry, un grand merci pour votre retour ; pardonnez-moi d’y répondre si tard. Je suis l’auteure de cet article et Oui, le fait que les jeunes restent les plus gros consommateurs de viande est un fait avéré par cette étude… à laquelle on donne le crédit qu’on veut bien lui attribuer. Ceci dit, je vous envie de vivre dans un monde où les jeunes, conscients des enjeux climatiques, mangent « peu ou pas du tout de produits animaux ». Je ne vis pas la même chose. Loin de moi de nier une évolution des consciences, mais étant maman de deux trentenaires, je vois bien à quel régime s’habitue mon petit-fils : il « adore » mes petits plats mais je ne ferais jamais concurrence à un kebab du jeudi soir ou à une pizza du samedi ! Je sème mes graines, c’est le cas de le dire… Quant aux personnes âgées, étant moi-même dans cet âge entre deux, je constate -fait également avéré par cette étude hyper institutionnelle évidemment- que ma mère de 87 ans, qui toute sa vie s’est pliée à un repas protéiné animal ( viande ou poisson):à chaque repas, se contente d’une soupe ou d’une salade aujourd’hui. Elle me dit qu’elle ne peut plus mastiquer « comme avant », qu’elle ne digère plus. Moi, je me dis que c’est son corps qui parle et l’appelle enfin vers le meilleur pour elle. Les copines de son âge sont dans la même problématique : là, il ne s’agit plus d’une question d’habitudes de personnes âgées , mais bien de conscience sur ce qui est facile à ingérer, digérer. Rend joyeux et serein pour la suite. Je veux y croire… un grand merci pour votre questionnement. C’est en se posant tous des questions, que nous grandirons ensemble. 🙏❤️😘

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